Berlinale 2017 : cinq choses à retenir sur le cinéma allemand

Vous avez remarqué? Chaque année depuis 10 ans et La vie des autres au moins un très bon film allemand se fraye un chemin sur les écrans français. Toni Erdmann, Victoria, Barbara, Kreuzweg, Guerrière...

À l’origine de ce dynamisme, un marché large, une histoire riche des moyens et du talent. Et aussi un festival, la Berlinale, écrin et miroir d’un cinéma qui n’est pas toujours celui que l’on croit. 

Vous avez peur de sécher si dans dîner on aborde le sujet? Pas de panique, je suis là. Voici cinq points à retenir sur le cinéma allemand

Il est prolifique : à la Berlinale plus de 120 films allemands se partageaient cette année l’affiche du festival. 

Il faut nuancer, sur le lot il y a beaucoup de courts métrages et de coproductions. Mais tout de même: une section entière (Perspective des Deutsche Kino) est réservée aux films allemands et réserve chaque année son lot de bonnes surprises. Par exemple j’ai beaucoup ri à la projection de l’improbable Autocritique d’un chien petit-bourgeois (Selbstkritik eines bürgenlichen Hundes) Julian Radlmeier, qui dépeint les aventures d’un hipster obligé d’aller travailler dans une exploitation agricole sous peine de perdre les allocations-chômage dont il vit alors qu’il écrit et tente vainement de séduire des filles intellos et tourmentées. 

– Car contrairement à un préjugé tenace, les films allemands sont souvent assez drôles. D’abord il y a de franches comédies comme Tiger Girl, dans la section Panorama réservée aux talents émergents, film féministe gonflé et burlesque sur une jeune femme qui se reconvertit dans la sécurité après avoir échoué à l’examen d’entrée à l’école de police. 

Mais l’humour affleure même dans les films plus sérieux comme le très beau In time of the fading light dont le sublime titre en VO est In Zeiten des abnehmenden Lichts. Dans ce portrait d’une famille tiraillée par ses contradictions à la veille de la chute du Mur de Berlin, l’increvable Bruno Ganz (certes citoyen suisse mais allemand d’adoption ) incarne un irrésistible et acariâtre dignitaire communiste vieillissant. Sa prestation a d’ailleurs été acclamée par le public d’autant que…


Les allemands sont fans de leur cinéma, et ils ont bien raison. Au Festival de Berlin, le public est le bienvenu, les places sont en vente à des tarifs raisonnables et les inconditionnels font donc la queue dès potron-minet pour les acheter. 


Et bien sûr les films locaux font un carton. Exemple un inédit de 1973 de Reiner Werner Fassbinder en version restaurée, Welt am Draht

Les quatre heures que dure ce téléfilm de science-fiction brillant, où l’on passe du téléphone sans fil à l’allégorie de la caverne de Platon, n’ont pas découragé les fans, largement récompensés par un cocktail de fraîcheur, d’insolence et d’intelligence qui inspire encore les cinéastes d’Outre-Rhin aujourd’hui. Pour chacune des projections le moindre strapontin était pris d’assaut pour voir ce bijou. Mais même les strapontins sont confortables à Berlin. En effet…

L’Allemagne et singulièrement Berlin ont de sérieux atouts pour permettre au cinéma de prospérer: en termes d’infrastructures la capitale allemande possède d’Immenses théâtres, salles de concert et autres bâtiments ayant hébergé des symposiums sous l’ère communiste permettent des projections devant des centaines voire plus d’un millier de personnes. 

Ces lieux ont souvent gardé un charme un peu rétro qui ajoute encore au plaisir de ces grand-messes. Les cinémas de la ville ne sont pas en reste non plus. Quant aux infrastructures de production, qui expliquent la profusion de films et de coproductions, la Berlinale leur fournit une exposition médiatique méritée: les studios de Babelsberg, a quelques kilomètres au sud de la porte de Brandebourg, ont ainsi accueilli le tournage de plusieurs films présentés à la Berlinale ces dernières années comme Monument Men et surtout The Grand Budapest Hotel

– Forte d’une production dynamique et d’un marché de 80 millions d’habitants, l’Allemagne commence aussi à produire des séries qui ont le vent en poupe, y compris à l’international. Présentée cette année à la Berlinale, Le même ciel (der gleiche Himmel), série réalisée par Oliver Hirschbiegel, le réalisateur de La Chute, a tenu les spectateurs en haleine. Cette fiction ultra-documentée nous plonge dans le Berlin de 1973. En pleine guerre froide, nous suivons les aventures d’un jeune et brillant espion de l’Est infiltré à l’Ouest avec pour mission de séduire une femme mûre mais aussi celles d’une jeune nageuse qui rêve de participer aux Jeux Olympiques de Montréal. Autour d’eux gravitent espions, familles séparées, diplomates en goguette et escrocs interlopes. 

C’est drôle, surprenant, savoureux. Exactement comme Berlin et son festival. 

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Février 2017: 4 films à aller voir de ma part

Chers amis lecteurs, Je m’envole pour pour Berlin pour quelques jours de vacances bien méritées ou exactement de projections compulsives dans le seul but d’alimenter ces colonnes de découvertes à partager. Avant de partir, je vous laisse quelques consignes pour meubler les soirées cinéma dont les vacances de février qui commencent vous laisseront peut-être le loisir. 

Donc… vous pouvez aller voir de ma part (roulement de tambour….):

– La La Land : le nouveau film de Damien Chazelle (Whiplash) est dans toute la presse et sur toutes les lèvres. Bien placé dans la course aux Oscars, ce cocktail de comédie musicale et de film initiatique, vibrant hommage au 7eme art, plein de grâce, de charme et de rythme est le film parfait pour une soirée romantique ou un dimanche en famille. 

– Moonlight, le film en ébène à ne pas manquer. Portrait en trois époques d’un jeune homme des quartiers pauvres des mégalopoles américaines, extraordinaire exercice d’empathie sur grand écran. Franchement, je ne suis ni noire, ni gay et je n’ai jamais mis les pieds dans les quartiers glauques de Miami (ou alors à mon insu) ni encore moins vendu de drogue. Mais je me suis sentie tellement proche du personnage que son histoire est un peu devenue la mienne. Comme elle deviendra la vôtre, j’en suis sûre. 

– Avec le Concours de Claire Simon, on change d’ambiance. Ce documentaire sensible et profond suit le parcours de quelques étudiants qui se présentent au concours de la Femis, prestigieuse école de cinéma française. Le jury a la lourde responsabilité de choisir ceux qui feront le cinéma de demain ou contribueront à son rayonnement. Comment faire pour éviter l’arbitraire? Ne pas passer à côté du talent, même enfoui sous une apparence peu amène? Autant de questions passionnantes que la caméra de Claire Simon pose plutôt qu’elle n’y répond avec un respect de l’autre et une finesse qui forcent l’admiration.

– Enfin, à la lisière du documentaire et de la fiction, American Honey, d’Andrea Arnold dressé le portrait d’une jeunesse américaine en perdition. Des fils des oubliés et des victimes de la désindustrialisation se donnent rendez-vous pour sillonner le Midwest, vendant des magazines, faisant du porte à porte, ballottés dans une vieille voiture et reconstituant malgré eux une micro-société avec ses codes, sa hiérarchie, ses lieux de pouvoir. Tourné en décors naturels avec une troupe de comédiens recrutés au fil des rencontres, comme les personnages du film, qui ont ensuite inventé cette histoire, le film déborde d’une énergie solaire et bizarre. On en sort agacé, dérangé, bouleversé, mais vraiment pas indifférent. 

Voilà, vous avez du pain sur la planche en ce mois de février. Et moi aussi d’ailleurs alors… Tchüss! 

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5 (très mauvaises) raisons de ne pas aller voir Jackie au cinéma


Faut-il aller voir Jackie, le film de Pablo Larrain avec Natalie Portman qui sort aujourd’hui ? La réponse est oui, mais pas forcément pour les raisons que l’affiche laisse entrevoir. 

Jackie est un film assez radical. Comme il vaut toujours mieux savoir où l’on met les pieds, n’allez pas voir Jackie si…


1- vous n’aimez pas Natalie Portman

La talentueuse actrice est littéralement de tous les plans. Assise, debout, étant dans les couloirs de la Maison Blanche déserte, en plan large, américain, serré…. on a tout loisir d’admirer son époustouflante performance d’actrice et son engagement physique total. Émaciée, broyée par la douleur puis peu à peu résistante et déterminée, sans rien lâcher des codes qu’elle maîtrise parfaitement, le personnage que construit Natalie Portman évolue habilement autour de l’image que nous nous faisons de la vraie Jackie O. Un jeu de miroirs étonnant dans lequel la ressemblance physique finit par s’effacer devant l’incarnation. Finalement, elle pourrait être blonde et bien en chair, Natalie P. serait toujours Jackie. Du grand art. Mais il faut aimer Natalie P. et accepter de se laisser guider par elle. 

2- vous êtes très « people »

Si vous veniez vous rincer l’œil et entendre parler chiffons et ragots – Marilyn, Ted Kennedy et autres calot en feutre, vous allez rester sur votre faim. C’est l’âme d’une femme endeuillée et sa détermination à honorer la place de son mari dans l’Histoire qui intéressent le réalisateur. Lecteurs de Gala passez votre chemin. 
3- l’Histoire contemporaine vous passionne

Idem si vous comptiez en apprendre sur la crise des missiles, la guerre du Vietnam ou le complexe militaro-industriel. L’angle du film est résolument intimiste, limite obsessionnel. Un peu comme si on rentrait dans l’âme de Jackie tout en ressentant sa solitude. En revanche, il peut être utile d’avoir un peu révisé avant.  

Cela dit, le film propose une réflexion intéressante sur le rapport entre le pouvoir et la communication et sur l’enjeu de l’image. Mais on est plus dans la théorie que dans l’analyse historique. 

4- vous êtes claustrophobe

Le film se passe presque exclusivement en intérieurs, renforçant l’impression d’un forage intime au plus profond de l’être de la protagoniste. Et les quelques scènes en extérieur -dont celle de l’assassinat lui même et celle de la visite au cimetière donnent limité envie de retourner se pelotonner à l’intérieur. Certes, on est en novembre. Mais il n’y a pas que cela. En empathie avec Jackie, on ressent le besoin de se recroqueviller sur soi, loin du monde. 


5- vous n’aimez pas voir les films en VO

Jackie/Portman s’exprime avec un accent fort désagréable à entendre. On met un moment à entrer dans le dialogue de ce fait. De même les chuchotements des proches de la famille présidentielle vous hérisseront le poil un tantinet au début. Comme Jackie, on se détourne des voix convenues et inaudibles pour s’accrocher à celles qui parlent vrai: celle du journaliste venu interviewer la première dame déchue et celle de Nancy Tuckerman, l’assistante de JFK, improbable alliée magnifiquement interprétée par Greta Gerwig. Chaque intonation, chaque respiration, chaque bruit a un sens dans ce film. Il ramène l’héroïne vers la vie après une inimaginable déflagration. Seule la version originale et les prises directes feront justice à ce mouvement 
Jackie, de Pablo Larrain. Etats-Unis, 2016. 1h48. En salles le 1er février. 

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Le Divan du monde –  le film à prescrire d’urgence 

Même quand on essaie d’aller souvent au cinéma, il y a des films qu’on loupe, faute d’en avoir entendu parler. C’est ce qui m’est arrivé avec « Le Divan du Monde », de Swen de Pauw, sorti l’année dernière avec la discrétion et les faibles moyens qui caractérisent souvent l’économie du documentaire. 
Mais aujourd’hui, grâce au Forum des Images et à l’énergie de quelques bénévoles de l’association SOS Amitié, le film a eu une deuxième chance de rencontrer son public. Et là, devant une salle comble, il a su la saisir.

Le Divan du Monde est le titre d’un livre avant d’être celui d’un documentaire. Mais la vie de son auteur, qui est aussi le principal personnage du film, s’apparente plutôt à un roman. Georges Federmann, né en 1955 au Maroc dans une famille juive, débarque à Strasbourg tout jeunot, sa haute stature lui ayant valu d’être repéré par une équipe de basket communautaire. Il fait ses études de médecine dans la capitale alsacienne et devient psychiatre. 


Médecin, il reste très impliqué dans la communauté juive, préside un cercle qui honore la mémoire aux victimes du nazisme dans la région. Il se bat en particulier pendant des années pour redonner une identité aux 86 victimes des crimes d’August Hirt, nazi, professeur d’anatomie à l’institut d’anatomie de l’université de Strasbourg. Le projet macabre du sinistre professeur Hirt consistait à documenter scientifiquement l’infériorité de la race juive, procédant pour cela à d’atroces mutilations sur les corps de ses victimes. Tout cela à Strasbourg, alors annexée par le Reich.

2005 est l’année où tout bascule pour Georges Federmann. Le 15 novembre, un ancien patient débarque à son cabinet, armé, tire sur le psychiatre sur sa femme qui travaille avec lui. Elle décède le lendemain, deux jours avant que ne soit dévoilée sur la façade de l’institut d’anatomie de Strasbourg une plaque à la mémoire des 86 victimes de Hirt.


Pourtant, ce n’est pas à cette incroyable histoire, ni à ce combat, que s’intéresse le documentaire de Swen de Pauw. A ses débuts comme psychiatre, Federmann, comme tous les médecins débutants, a écopé des patients dont personne ne voulait : les toxicomanes et les immigrés en situation irrégulière. Grâce à cette patientèle un peu particulière, il développe une pratique alternative de la psychiatrie, sans horaires, sans rendez-vous, sans consultation le matin. Cette pratique l’amène à sortir du cadre thérapeutique classique et surtout de son rôle. Il prodigue des conseils juridiques et administratifs, il réagit aux propos de ses patients, il leur fait part de ses doutes. Et surtout, il pratique des thérapies longues, voire très longues : il passe quinze, vingt ans, parfois plus, à écouter les patients se décortiquer plusieurs fois par semaine. Il les accompagne souvent pour sortir de la clandestinité, de la dépression. Parfois ça marche, parfois non. Mais quelle que soit l’issue, les échanges avec ces personnes sont émouvants, sincères et éclairants sur la condition humaine.


Ce sont ces échanges que la caméra de Swen de Pauw a capturés. Sans effets, pour que les patients oublient la présence de la caméra et sans sortir du cadre – il a laissé ce rôle à Georges Federmann. De Diane, l’alcoolique qui se bat contre elle-même pour ses enfants à Claudine, accro aux médicaments et ado dans sa tête malgré ses soixante printemps, de Karim le clandestin bipolaire à Abou le berger peule déraciné, c’est un peu de la société française qui passe dans le cabinet de Federmann. Au fil des saisons, il dévoile une capacité d’empathie et d’attention à l’autre aussi inépuisable que sa collection de t-shirts informes. 

Et ça donne ça
Georges Federmann a toujours travaillé avec sa femme. Sa première épouse assassinée l’a aidé à créer son cabinet. Sa seconde compagne, journaliste, l’a incité à donner une résonance médiatique à son travail. Quand il parle aujourd’hui de sa femme, on ne sait pas très bien à qui il fait référence et d’ailleurs ça n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui en a en revanche, c’est sa résilience, son engagement, son insatiable liberté d’esprit et sa tolérance que ses patients d’aujourd’hui doivent sentir aussi fortement que les spectateurs de ce Divan du Monde, au creux duquel certains, hommes politiques en particulier, feraient bien d’aller se blottir ne serait-ce que quelques instants. 

Le Divan du Monde, de Swen de Pauw, ne passe plus au cinéma mais il est disponible en DVD, à la Fnac ou sur Priceminister, de même que le livre de Georges Federmann qui porte le même titre.  

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Dalida, diva du cinéma (avec en primes, 5 astuces pour faire un bon biopic)


Soucieuse d’éviter à la fois la pluie glaciale et la primaire de la gauche, cette semaine, j’ai pris un soin particulier à planifier mon programme cinéma du week-end. 

La première chose qui m’a frappée c’est que pas moins de trois biopics ambitieux se partagent l’affiche cette semaine: Dalida, Neruda et Born to be Blue ce dernier étant consacré à Chet Baker. Ayant déjà vu le film chilien, je suis allée voir les deux autres. Et je tire quelques conclusions de cette expérience. 



Premier constat: il n’est pas besoin d’une superstar
pour faire un grand film biographique. La sculpturale Sveva Alviti, incarnation stupéfiante de Dalida, est à peu près inconnue du grand public français dont elle a même appris la langue pour le film. Ethan Hawke, le Chet Baker de Born to be Blue n’est lui pas un inconnu mais il n’a pas non plus l’envergure internationale de ses congénères Brad Pitt ou Johnny Depp. 

En revanche, tous les deux, au delà d’une certaine ressemblance avec leur modèle qu’ils ont su cultiver par leurs techniques d’acteurs, dégagent un charisme extraordinaire – qui manque un tantinet à Luis Gnecco dans Neruda. 



Deuxième constat
: en revanche, ce qui est absolument indispensable au biopic, c’est la capacité conjointe du scénario et de l’interprète principal à faire naître l’empathie. Là encore, Dalida triomphe sur ses concurrents grâce à un récit au point de vue multiple et à une interprétation formidablement engagée, tellement sensible qu’on lui pardonne facilement quelques faux raccords au play-back. Ethan Hawke/ Chet Baker ne s’en sort pas mal car il a le métier que lui vaut son physique de mauvais garçon. Et Luis Gnecco fait le job dans Neruda – mais son problème, c’est le personnage: infidèle, profiteur, prétentieux et doté d’une voix de fausset: même les amoureux du Canto General (dont je suis) auront du mal à accepter son Neruda par ailleurs très réaliste.



Indispensable aussi, c’est la troisième leçon
de cette immersion en pays biopic, un destin cinégénique, magnifié par la musique et la poésie. Ses quelques moments de grâce, Born to be Blue les doit aux solos vocaux de Chet Baker. Neruda traqué en pleine cordillère des Andes enneigée, qui réussit à semer les flics grâce au pouvoir des mots et de la fiction, c’est aussi une belle idée de cinema. Mais là encore, c’est Dalida avec sa musique entêtante qui triomphe sur ses concurrents, faisant émerger une héroïne brisée, semant malgré elle la mort autour d’elle jusqu’à refuser la vie elle-même. 



Quatrième leçon apprise depuis quelques loupés cuisants
– Cloclo, Évita ou Yves Saint Laurent de Jamel Lespert suivez mon regard- il est vain d’essayer de retracer la vie du personnage de façon linéaire. En revanche, décortiquer une période précise de sa vie qui résume ses démons et ses combats est une bonne méthode. Les trois biopics de janvier 2017 s’y emploient. Dalida suit les quinze dernières années de la star, Born to be Blue le come-back et la tentative de désintoxication de Chet Baker. C’est Neruda qui prend le parti le plus intéressant de se concentrer sur un épisode peu connu de la vie du poète chilien: son expulsion temporaire du Chili et sa traque par les fascistes en 1948. 



Enfin, cinquième leçon,
on a envie de crier aux réalisateurs de biopics: n’oubliez pas les seconds rôles! C’est en eux que votre film va puiser sa force et sa crédibilité. Les personnages secondaires sont le sang et la chair du biopic et s’ils ne sont que de pâles faire-valoir sur, c’est loupé. Carmen Ejogo est formidable en Elaine, compagne de Chet Baker et rivale de la drogue. Gael Garcia Bernal est un odieux antagoniste dans Neruda. Mais là encore, Dalida emporte la mise avec une pléiade de seconds rôles hauts en couleurs, ahurissants de réalisme: Patrick Timsit en Bruno Coquatrix, Jean-Paul Rouve en époux déchu, Nicolas Duvauchelle en intriguant Comte de Saint-Germain… sans oublier le formidable Ricardo Scamarcio en Orlando, qui trouve enfin avec le frère de la diva, un rôle à sa mesure, sans jouer une seule fois la corde de ma séduction. Mais que l’on se rassure: son regard bleu est tout de même l’un des multiples atouts de Dalida, le biopic star de ce mois. 

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La vérité sur Ewan McGregor

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La semaine dernière American Pastoral, le premier film d’Ewan McGregor en tant que réalisateur, est sorti sur les écrans français. Sortie assez discrète, malgré des atouts substantiels : un casting solide –Ewan himself, la sublime Jennifer Connelly et Dakota Fanning se partagent l’affiche, un scénario adapté d’un roman du toujours brillant et dérangeant Philip Roth et surtout un sujet profond et intrigant : comment un père de famille, incarnation vivante du rêve américain, va-t-il voir, impuissant, sa fille unique basculer dans le radicalisme politique et le terrorisme. Le tout situé à la fin des années soixante, au moment précis où la guerre du Vietnam égratigne sérieusement le modèle du creuset américain.

Un peu classique dans sa forme, le film a peiné à séduire la critique, ce qui explique sans doute la faible promotion dont il est l’objet. Pourtant, je n’hésite pas à le recommander ici. Le film pour moi a plusieurs mérites, dont le moindre n’est pas de lever un coin du voile sur la personnalité complexe de son réalisateur.

La relation père-fille

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De l’œuvre magistrale de Roth, Mc Gregor se concentre particulièrement sur l’un des aspects : l’amour inconditionnel et indestructible d’un père pour sa fille. Difficile de penser que son expérience personnelle de père de quatre filles n’ait pas pesé dans son choix et, au delà de ce choix, parti pris intéressant du réalisateur novice. Cette relation est mise en évidence comme structurante dans l’identité féminine. Elle a finalement été assez peu explorée à l’écran et les fêlures de Jennifer Connelly –admirable en ancienne reine de beauté- et la rugosité touchante de Dakota Fanning apportent de l’eau au moulin de McGregor qui semble rappeler l’immense et terrible responsabilité qui pèse sur tous les pères du monde. Sans avoir besoin de

La fin du rêve américain

Par un flash-back audacieux, American Pastoral traverse l’histoire des Etats-Unis au XXème siècle. Mais le nœud du récit, qui fait voler en éclat une famille américaine un peu trop parfaite –beauté superbe de la mère, succès et opulence du père- se situe à la fin des années soixante, soit quelques années avant la naissance de McGregor lui même. Il est donc bien issu de cette génération critique vis-à-vis du rêve américain et de ses aînés. En tant qu’Européen ayant souvent travaillé des deux côtés de l’Atlantique, Ewan McGregor a aussi une distance pour évoquer l’Histoire moderne des Etats-Unis. Il a par exemple fait le choix de Pittsburg, Pennsylvanie, haut-lieu de la désindustrialisation américaine, pour le tournage de son film évoquant ainsi, en filigrane, la fin de l’âge d’or Outre-Atlantique.

La question du succès

En Grande-Bretagne par Danny Boyle (Petits meurtres entre amis, Trainspotting…) et aux Etats-Unis par la saga Star Wars (La Menace fantôme), la carrière mondiale d’Ewan McGregor étaient lancée avant son trentième anniversaire. D’autres auraient mal supporté la pression, auraient sombré dans les excès bien connus à Hollywood. Lui, en revanche, a fondé une famille et a continué à s’adonner à ses passions : voyages, moto, pêche. Quant à son équilibre spirituel, de son propre aveu, il l’a trouvé dans la religion juive, celle de sa femme, dans laquelle ses filles sont élevées. C’est peut-être pour cela que le roman de Philip Roth, écrivain emblématique de la middle class juive américaine, l’a tant fasciné, avec l’humour désespéré qui le caractérise, rempart inoxydable contre l’autosatisfaction qui ne semble pas, mais alors pas du tout, guetter Ewan McGregor

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10 signes très sûrs que vous rentrez des sports d’hiver

1- Vous avez eu au moins une fois au cours des dix derniers jours, une discussion sérieuse avec d’autres adultes sur le thème « Moufles ou gants? »

2- Votre consommation de fromage durant la semaine qui vient de s’écouler équivaut à celle du Botswana pendant la même période 


3-Vous trouvez que le prix des consommations dans les brasseries parisiennes est, somme toute, assez raisonnable 

4- Vous vous retenez, le matin, pour ne pas enfiler un collant en laine troué à la couleur indéfinissable qui, d’une part maintient vos membres inférieurs endoloris dans une chaleur humide et confortable et d’autre part dissimule opportunément les ecchymoses violacées qui ornent vos hanches. Ce qui vous retient, c’est essentiellement l’odeur dudit collant, subtil mélange de moisi et de transpiration

5- Vous vous êtes inscrit à un cours de renforcement musculaire. Plus exactement vous avez résolu de vous inscrire à un cours de renforcement musculaire avant le mois de novembre prochain

6- Lorsque vous approchez d’un tourniquet sur votre lieu de travail ou dans les transports en commun, votre premier réflexe est de présenter prestement votre manche gauche

7- Vous lisez systématiquement la rubrique « enneigement » avant toutes les autres dans le bulletin météo. Et cette lecture vous déçoit presque toujours amèrement

8- Vous avez recherché récemment la signification du mot « isotherme » sur Internet mais vous ne saisissez vraiment aucune des multiples définitions que vous avez trouvées. Depuis, vous utilisez ce mot au moins une fois par jour avec un regard vague et un air inquiet, dans l’espoir que quelqu’un éclaire votre lanterne. 

9- L’émoticone en forme de flocon de neige vous est systématiquement proposé par votre smartphone dès que vous commencez à rédiger un message


10- Vous guettez avec impatience la moindre baisse de température pour mettre à profit votre collection de sous-vêtements « techniques » parfaitement hideux, espérant vaguement les amortir – espoir largement déraisonnable au vu de leur prix exorbitant et de l’élévation tendancielle du niveau des températures 

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