Thrillers froids pour canicule

Alors… Voilà. C’est le grand retour.

Tout a commencé vendredi, par un coup de fil d’une amie éditrice d’un webzine. “Dis, ça fait longtemps… on aimerait bien publier une de tes chroniques. Tu m’envoies ça pour lundi?”

Et là, une pensée m’assaille, pour mes lecteurs, que j’ai négligés ces derniers temps pour cause de nouveau job, de voyages éclairs et aussi d’actualité cinématographique un peu morose.

Je vais me refaire, pensai-je alors. “Pour lundi bien sûr” m’entendis-je répondre à l’amie providentielle.

PARANOIA

Pour moi le cinéma l’été se pratique seule et de préférence face à un bon thriller. Et maintenant que je vois moins de films, mon instinct me pousse vers les valeurs sûres. L’une d’elles s’appelle Steven Soderbergh. L’ex-enfant terrible du cinéma indépendant, palme d’or à 26 ans pour “Sexe, mensonge et vidéos”, est aujourd’hui chauve et quinquagénaire. Et cela ne l’empêche pas de signer l’ébouriffant Paranoia, sorti discrètement le 11 juillet.

Une fois de plus, Soderbergh surprend et emballe dans un film savamment maîtrisé, au suspense au rythme endiablé dans lequel Claire Foy (Elizabeth II dans “the Crown” sur Netflix) campe à la perfection une jeune femme américaine aux prises avec un hôpital psychiatrique un peu trop prompt à l’enfermer. Ce pourrait être là toute l’intrigue. Ce n’est que le début d’une course-poursuite haletante, bourrée de faux-semblants, de rebondissements en chaîne pour un récit qui n’épargne personne, à commencer par le système de santé américain.

THE GUILTY

Mon instinct me souffle aussi de donner leur chance aux films danois. Me voilà donc partie voir “The Guilty” du prometteur Gustav Möller. Si son aîné Soderbergh avait eu les honneurs de la Berlinale, le jeune danois avait, lui, décroché avec ce premier film, une sélection au festival de Sundance début 2018. Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité. Et j’ai bien fait car le film est une véritable pépite.

Il tire sa force et son originalité d’un dispositif extrêmement sobre – la caméra se concentre sur un policier « répartiteur » cantonné aux appels d’urgence dans un bureau de la police de Copenhague. Les appels se succèdent – petits larcins, alcoolisme ordinaire. Puis par à-coups, un récit, plus puissant que les autres, émerge. Un formidable travail sur le son -et pas s eulement sur les voix- prend le relais. L’image travaille au cœur cet homme, presque seul. On est, on devient le héros, Asger Holm, joué par Jakob Cedergren, un beau gosse du cinéma danois qui prend le rôle à bras-le-corps, mettant toute séduction de côté pour livrer une prestation sobre et sidérante, véritable condensé d’humanité.

Condamné à l’immobilisme Asger refuse en effet l’impuissance. Cette affaire sera la sienne, même si ce n’est qu’au bout du fil. On pénètre alors chaque pore de sa peau filmée plein cadre, on tient dans la nôtre sa main qui tapote nerveusement le combiné. On vit sa frustration, son angoisse, son désir de protéger ses semblables, d’aider les âmes en perdition. Et comme dans tous les bons thrillers, c’est finalement lui, lui seul et son désir de redemption qui deviennent progressivement le sujet de l’intrigue. C’est lui, et du même coup, c’est surtout nous.

Alors voilà. C’est peut-être le reflet de ma propre culpabilité d’avoir failli à ma régularité de blogueuse, mais Paranoia et The Guilty sont donc, pour l’instant, mes conseils de l’été. Pour l’instant seulement parce que, culpabilité ou pas, maintenant que j’ai recommencé à écrire, je n’ai peut-être pas dit mon dernier mot.

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Je change de job à 50 ans: cinq petits trucs très simples à faire dès aujourd’hui

Rappel des épisodes précédents: moi qui me prenais pour une exception en changeant de job à 50 ans, trois amis suédois rencontrés en vacances et engagés dans des virages beaucoup plus radicaux que moi m’ont fait me sentir « petite joueuse ».

Petite joueuse, mais partageuse. En réfléchissant à leur expérience et à la mienne, je me suis demandée ce que ferais, la prochaine fois, si je devais changer de boulot. Et je sais que cela va se produire car les carrières sont de plus en plus longues et de moins en moins linéaires…. alors voilà: cinq petits trucs, vraiment pas durs à mettre en pratique, qui pourront vous aider…. et qui ont fait leurs preuves.

Première conclusion que je tire de mon expérience et de celles de mes amis: il faut compter sur ses propres forces.

Il faut même tout miser sur ses propres forces. Attendre qu’un recruteur vienne vous chercher ou répondre à des annonces sont des méthodes qui fonctionnent parfois en début ou en milieu de carrière. Et encore. En tous cas, ce qui est sûr c’est que plus on attend, moins ces méthodes ont des chances de marcher. On a bien mieux fait de créer son propre poste ou de faire spontanément acte de candidature. Et souvent, pour ne pas dire toujours, prendre le contrôle de son destin est une meilleure idée que de répondre aux sollicitations. A fortiori à cinquante ans, quand on sait mieux ce que l’on veut et aussi ce que l’on vaut. On a beau ne pas être nés avec le millénaire, nous aussi, les quinquas, on cherche à mettre du sens dans nos vies professionnelles. Du coup, prendre son destin en mains, créer soi-même son opportunité, sa boîte ou son poste, c’est un pari à prendre. Et plus on est mûr, plus on peut le prendre en dosant bien son risque. (Rien à voir: j’ai choisi une photo de Mads Mikkelsen dans Valhalla Rising pour illustrer ce premier paragraphe. C’est parce que c’est l’histoire d’un guerrier solitaire qui se bat contre les éléments et contre toutes sortes de tribus hostiles dans une Scandinavie moyenâgeuse pas du tout hospitalière. Super film. Et en plus on voit le beau Mads torse nu pendant une bonne heure et demie).

Deuxième conclusion à tirer: compter sur ses propres forces, cela signifie aussi savoir quelles sont ces forces.

Un peu d’introspection, éventuellement avec l’aide d’un coach, est un très bon investissement de départ quand on veut changer de job. Personne mieux que vous même ne saura mieux reconnaître vos forces ni mieux en parler. C’est donc une bonne idée de mettre une étiquette sur vos qualités pour bien les identifier et vous préparer à les transposer dans un nouveau job. Je m’explique. Après des années à s’occuper des passagers, mes amies suédoises Karolina et Karin ont développé deux vraies compétences: savoir établir très vite une relation de confiance avec les autres et savoir prendre soin d’eux (« we knew how to take care of people » m’ont-elles bien resumé en chœur). Aujourd’hui elles utilisent ces compétences dans un contexte différent. Idem pour leur ami Pelle: son expérience dans la formation lui a permis de bien gérer sa transition vers l’enseignement. En ce qui me concerne, l’expérience m’a appris que je fonctionne bien en mode projet, beaucoup mieux que dans une structure hiérarchique. Je sais aussi que j’aime aider les équipes à avancer, surtout dans les environnements complexes, avec beaucoup d’incertitude et que j’ai de l’énergie et de la créativité à revendre pour ça. Et je pense que c’est tout cela qui m’a permis de décrocher mon nouveau job. Évidemment, distinguer ses forces ne va pas sans reconnaître ses faiblesses. Dans le cas de Pelle: il avait horreur de la compta. Ça tombe bien, en tant que prof il en fera moins. Dans le cas de nos deux copines: en tant que chefs de cabine, elles n’avaient rigoureusement aucune compétence en informatique. Et bien croyez-moi qu’une fois que la survie de leur business en a dépendu, elles s’y sont mises sans aucune difficulté! Et dans mon cas… disons que je ne suis pas très process. L’exécution parfaite, le goût du détail, tout ça… c’est pas trop mon truc. Du coup, j’essaie de demander de l’aide (pour me relire, pour bien présenter esthétiquement mon travail) et surtout quand c’est important, je m’enferme, je prévois deux fois plus de temps que tout le monde et je la joue modeste sans ce domaine là.

Troisième leçon: il faut faire jouer son réseau.

En gros: vous n’y arriverez pas tout seul. Parler autour de soi de ses projets (même si le seul projet qu’on ait pour l’instant, c’est de quitter son job actuel), rencontrer des gens qu’on ne connaît pas, solliciter des entretiens, envoyer des mails… bref, ne pas rester dans son coin. C’est en discutant ensemble que mes amies suédoises on trouvé leur idée de boîte et du même coup leur associée respective. Quant à moi j’ai passé un nombre incalculable d’entretiens avant de décrocher mon poste. Élargir son réseau présente aussi deux avantages de taille. D’abord, en en parlant, on va affiner notre projet. Personne n’a envie de passer pour une bille devant de parfaits inconnus. On va donc affûter ses arguments, réfléchir, bref creuser son sujet. Son propre sujet, ce qui est toujours intéressant. Deuxième avantage et non des moindres: élargir son réseau va faciliter la transition vers un autre secteur d’activité. Quand on travaille dans une industrie mature (le transport aérien comme mes amies scandinaves, la banque d’investissement comme c’était mon cas), les opportunités d’évolution sont rares. Le réseau peut nous aider à transposer nos compétences vers d’autres industries dont les perspectives sont meilleures : les soins à la personne dans leur cas, l’industrie cosmétique dans le mien. Si vous faites du big data dans le transport routier, vous pouvez en faire dans l’industrie des biotechs. Ou en tous cas ça vaut la peine de rencontrer des gens pour en discuter.

Quatrième leçon: on a tout à gagner à revisiter son équation économique, surtout à partir de 50 ans.

Quand je travaillais dans la banque, j’étais coincée dans un job dont j’étais lasse mais que je ne voulais pas quitter par crainte de gagner moins si je changeais. C’est un truc vieux comme l’analyse économique, il y a même un nom pour ça: l’effet de cliquet. En gros, ça veut dire que si on gagne 2000€ par mois, et que tout d’un coup on en gagne 500 de plus, paf! Notre consommation va s’adapter: on va se mettre à dépenser plus et on ne va plus jamais pouvoir gagner moins de 2500€. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Et mieux on gagne sa vie, plus l’effet de cliquet est fort.

Bon, mais je vous rassure: ça, c’est la théorie. Dans la pratique les marges de manœuvre existent. On peut réduire sa consommation, adapter son mode de vie, arbitrer entre les dépenses. Et la bonne nouvelle c’est que c’est plus facile à faire quand notre travail nous plaît. Et la deuxième bonne nouvelle c’est que c’est aussi plus facile à faire quand on est plus âgé, pour plein de raisons: d’abord on tombe moins facilement dans les pièges de la publicité et de la surconsommation. Ensuite, les enfants, plus grands, commencent souvent à voler de leurs propres ailes. Enfin, on a parfois réussi à mettre un peu d’argent de côté ou à acheter son logement. On peut alors plus aisément se permettre de gagner moins d’argent comme Pelle ou de prendre le risque de ne pas avoir un revenu régulier comme nos deux ex-hôtesses de l’air. Et même quand on ne gagne pas moins d’argent, comme dans mon cas, le fait d’avoir fait ses calculs et de s’être préparé à gagner moins nous rend plus fort et élargit le champ des possibles. En effet l’effet de cliquet et son corollaire, « l’effet d’imitation » par lequel on a tendance à imiter les habitude de consommation des catégories de population considérées comme « supérieures » ne sont pas des fatalités. J’en ai fait l’expérience personnellement en réduisant drastiquement ma consommation de vêtements, chaussures et autres accessoires, du jour au lendemain. Voilà neuf mois que je n’ai rien acheté qui se porte et franchement ça se passe très bien. Et surtout, je me sens tellement plus libre…

Enfin, cinquième leçon que je tire de mes pérégrinations professionnelles: ce n’est pas un drame de se tromper. Ce qu’il faut c’est essayer. Et surtout anticiper

Faire fausse route, changer de cap, c’est comme le doute, c’est stimulant. Avant de devenir prof, Pelle est passé par le conseil. Avant de changer de job, j’ai été shortlistée pour un autre, qui m’aurait énormément plu mais qui n’a jamais été créé. Et je pourrais multiplier les exemples. En fait, il est très rare que les évolutions de carrière se fassent de façon linéaire et si c’est le cas, ce n’est pas forcément bon signe. Se tromper fait partie de l’expérience, apprendre à reconnaître ses erreurs nous rend plus forts, au travail comme ailleurs. Plutôt que d’essayer d’avoir toujours raison, il est beaucoup plus approprié de poser les jalons pour le coup d’après avant même que l’on soit prêt à changer. Ce n’est pas toujours facile, surtout lorsque l’on travaille beaucoup. Mais c’est souvent assez salutaire. Pour s’aider, on peut se dire que l’on ne se résume pas à ce que l’on fait, aujourd’hui et que l’on ne fera peut-être plus dans cinq ans. Tout le monde n’enchaîne pas les défis professionnels passionnants, c’est l’exception plutôt que la règle. Toutes les carrières ont leurs hauts et leurs bas. En revanche dans toutes les expériences professionnelles, quelles qu’elles soient, il y a quelque chose à prendre. Quelque chose qui nous construit et nous rend plus fort. Par exemple j’ai détesté les quelques jobs commerciaux que j’ai eus, vendre n’est vraiment pas mon point fort. Mais qu’est-ce que j’ai appris dans ces jobs! La résistance au stress, la capacité à gérer une relation, les règles de la négociation. Et puis surtout, j’ai appris que je ne voulais pas exercer une fonction commerciale. Et j’ai appris à trouver les arguments pour refuser de tels jobs lorsqu’ils se présentaient, poliment mais fermement. Car c’est bien de se tromper mais c’est encore mieux d’apprendre de ses erreurs. Mais il faut se tromper pour apprendre. Obligé. Et vous voulez savoir la bonne nouvelle? Il est très rare qu’on regrette de s’être trompé.

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Nouvelle année, nouveau défi: j’ai plus de 50 ans et je change de job (1/2)

En changeant deux fois de job en quatre ans, à l’âge respectable qui est le mien (51 ans), je me suis longtemps prise pour un défi vivant aux statistiques. J’avais de bonnes raisons de m’être forgé cette conviction, à commencer par le discours médiatique ambiant, catastrophiste sur l’emploi des seniors, c’est à dire les plus de 40 ans. Un discours largement relayé dans mon entourage par les propos dépressifs de nombreux de mes amis – pour l’anecdote, souvent plus jeunes que moi. À partir de 45 ans, point de salut entendais-je (et entends-je toujours) couramment. Soit on a un job et on s’y accroche, quitte à y laisser sa santé et un morceau de son estomac. Soit on n’en a pas et là, mieux vaut avoir couvert ses arrières. Ajoutez à cela les troubles érectiles, la calvitie, les maladies cardiovasculaires et la ménopause et franchement, à partir de 45-50 ans il y avait de quoi se demander ce qu’on foutait là, qui plus est avec une espérance de vie de plus de trente ans devant soi.

Heureusement, ce sombre tableau souffrait tout de même quelques exceptions, dont j’étais. J’avais donc eu une chance folle sur le plan professionnel. Chance que j’acceptais mais que je ne m’expliquais pas complètement, avec le sentiment diffus qu’un jour le diable viendrait me présenter l’addition.

Voilà ce que je pensais AVANT. Avant ces vacances de fin d’année durant lesquelles ma vision des choses a radicalement changé, grâce à trois personnes que j’ai rencontrées au cours d’un séjour de yoga au soleil. (J’en profite pour signaler aux seniors dépressifs de tout poil qui liraient ces lignes que les séjours de yoga sont de très bonnes occasions de se remonter le moral tout en améliorant sa posture).

Ces trois personnes, deux femmes et un hommes, sont scandinaves et éminemment sympathiques. Si j’éprouve envers elle un sentiment de gratitude durable, c’est tout d’abord qu’elles m’ont invitée à partager leur table pour le repas du Nouvel An, alors que j’étais seule. Certes, vu le contexte, ledit repas était frugal et ayurvédique, comme il se doit. Mais quand même. Ensuite, tout au long de ce repas et de ceux qui l’ont suivi puisque nous avons suffisamment apprécié notre compagnie réciproque pour remettre le couvert, nous avons parlé de tout, sauf de nos âges et d’argent.

Évidemment en réfléchissant un peu, j’aurais pu deviner à peu près leur âge à partir de celui de leurs enfants ou de la durée de leurs expériences professionnelles. Ils auraient pu estimer le mien, sans doute à quelques années près le même que le leur, de la même manière. De même le fait de se retrouver tous les quatre sous les tropiques le 31 décembre dans un hôtel simple mais confortable aurait pu nous mettre sur la voie si nous avions voulu établir l’étendue de nos ressources financières respectives. Mais, tacitement, ni eux ni moi n’avons cherché à le faire.

Cette générosité et cette discrétion ne sont pourtant pas les principales raisons de ma gratitude envers Karolina, Karin et Pelle. Ce sont plutôt leurs trajectoires professionnelles, telles qu’ils me les ont racontées qui m’inspirent de la reconnaissance. Et qui m’inspirent tout court, en fait.

Les deux premières ont travaillé très longtemps sur les lignes aériennes scandinaves en tant qu’hôtesses de l’air. Elles ont connu de belles années, parcourant le monde, descendant dans de grands hôtels et côtoyant des célébrités. Puis, avec le temps leurs conditions de travail se sont dégradées: amplitudes horaires de plus en plus larges, escales de plus en plus courtes, jours de repos de plus en plus rares… Les célébrités se sont faites moins flamboyantes et les hôtels moins luxueux. La routine, même mâtinée d’exotisme, est devenue de plus en plus fatigante et difficile à supporter. Si bien qu’un beau jour, lasses, lors d’un long trajet dans le train de banlieue qui mène à l’aéroport, les deux copines se sont lancé un défi: et si on créait notre boîte?

Après avoir un peu tâtonné, elles ont décidé d’acheter un laser pour réaliser des épilations, effacer des tatouages et faire des peelings semi-profonds. Coup de chance: en Suède, pas besoin d’être médecin pour exercer cette spécialité. Entre deux rotations, les deux quinquas ont trouvé un local, se sont formées au maniement du laser, à la comptabilité et même aux subtilités de Google Ads. Elles ont ensuite organisé leurs plannings pour pouvoir se relayer. Puis elles ont demandé un congé sabbatique à SAS. Et si tout va bien, en 2018, elles couperont le cordon avec leur ex-employeur et vivront entièrement de leur clinique.

Quant à Pelle, leur ami, sa carrière d’ingénieur spécialisé dans l’industrie hôtelière et les approvisionnements l’a mené aux quatre coins de l’Europe pendant plus de trente ans. Ses enfants élevés, et au terme d’un divorce long et douloureux, il a commencé à éprouver une certaine insatisfaction dans son travail. Il s’est donc mis à son compte et là, à travers des missions de formation, le virus de l’enseignement est progressivement venu le chatouiller. Suffisamment fort pour qu’il décide de réduire ses heures de consultant pour retourner à l’université et préparer pendant dix-huit mois le concours de professeur de mathématiques et de technologie dans l’enseignement secondaire. Grâce à un travail acharné, avec un petit coup de pouce lié la pénurie de professeurs en Suède, il l’a réussi. À l’heure où certains de ses anciens collègues partent en pré-retraite, il commence donc son stage d’application au lycée en janvier et connaîtra son affectation definitive à la rentrée 2018. Excité, un peu nerveux, il se dit surtout enchanté par cette nouvelle carrière.

La première conclusion que je tire de toutes ces expériences ? Il n’y a pas de fatalité. On peut changer de poste, de métier, de carrière à n’importe quel âge. Bien sûr, il est plus facile de rebondir si l’on a un bon niveau de formation initiale, mais là non plus, aucune fatalité: Karolina a commencé comme hôtesse de l’air à 19 ans. On est tous libres de se réinventer, à condition d’y mettre suffisamment d’énergie. Et oui, c’est vrai, il faut probablement plus d’énergie pour se réinventer à 50 ans qu’à 30.

Et ce n’est pas tout. En y réfléchissant bien, il y a cinq petites choses, très faciles à mettre en œuvre, que j’ai apprises à travers mon expérience et celles de mes amis pour mettre de côté toutes les chances pour changer de job. Laissez-moi juste un peu de temps et je vous écris ça dans un prochain billet. C’est comme ça, c’est cadeau. C’est pour la nouvelle année. Vive 2018!

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Voir Naples et puis mourir…. mais en profiter un peu entre-temps

Quelques jours à Naples hors saison m’ont rendu d’humeur blogueuse… et l’envie de partager quelques belles découvertes. Tour d’horizon en dix étapes

1- Pompéi

Que ce soit clair: on ne voyage pas deux mille ans en arrière en claquant dans les doigts. Tout cela se mérite. Il vous faudra d’abord affronter en la traversant de part en part l’immense et angoissante Piazza Garibaldi. De là vous monterez dans un train pour Sorrente. Vous ne reprendrez pas votre souffle trop vite car vous ne serez pas au bout de vos peines. Le tortillard bringuebalant, le long d’une ligne pompeusement baptisée la Circumvesuviana, fera escale en grinçant dans des banlieues sinistres. Ce n’est qu’au bout d’une heure que vous franchirez le tourniquet pour plonger dans les entrailles de l’Histoire.

Et là… comment ne pas être saisi pas la stupéfiante beauté de ses ruelles pavées, de ces fresques, de ces mosaïques ? Comment ne pas toucher du doigt la fragilité de la condition humaine devant les moulages de trois petits corps -une mère et ses enfants- cramponnés l’un à l’autre pour l’éternité alors qu’ils tentaient de fuir le nuage de cendres et de pierre ponce qui s’abattait sur eux? Comment ne pas se laisser hypnotiser par la Villa des mystères et ses fresques, témoins muets d’un culte dont on ne sait plus rien?

2- Le cimetière des fontanelles

Les morts, il faut dire, ne sont jamais très loin des vivants à Naples. De la peu ragoûtante tradition du putridiarium (pièce dans laquelle on laissait se décomposer les corps des religieux défunts, assis sur des chaises afin de les accompagner symboliquement dans leur voyage vers la vie éternelle) aux catacombes chrétiennes où on empilait les cadavres enveloppés dans de simples linceuls, le Maréchal Murat, devenu roi de Naples en 1808, a du se dire qu’il avait du boulot pour faire régner à Naples l’hygiénisme cisalpin. Entre autres, Murat fit fermer le cimetière des Fontanelles, dans lequel des centaines de milliers d’ossements s’étaient accumulés depuis le Moyen Âge.

Victimes de la grande peste, des guerres, gens ordinaires trop pauvres pour bénéficier d’une sépulture, les crânes des morts des Fontanelles étaient traditionnellement adoptés par les Napolitains. On les consultait, on leur offrait une pièce ou une friandise pour les réconforter de leur infortune terrestre.

Cet usage a dû perdurer de manière clandestine puisqu’il y a quelques années, au terme d’une épique bataille de procédure, les habitants du quartier on obtenu la réouverture de ce lieu étrange et fascinant. Et depuis, comme on est à Naples, l’archevêché ne dédaigne pas de temps à autre, d’y célébrer un office, juste histoire de brouiller un peu plus les pistes entre le monde réel et l’au-delà.

3- les églises

En parlant d’églises, on peut passer une vie à visiter celles de la ville sans jamais entrer deux fois dans la même. J’ai personnellement un faible pour celle du Gesu Nuovo, bel exemple d’un baroque exubérant et luxueux. C’est l’un de ces lieux où l’on comprend qu’en Italie, la beauté est un signe de l’existence de Dieu qui se combine à loisir avec toutes sortes de superstitions. Et alors on comprend mieux ce proverbe napolitain : « Non é vero ma ci crediamo » (« ce n’est pas vrai, mais on y croit »).

4- les piazze

Parcourir églises, piazze et palazzi, surtout la nuit, est une expérience extraordinaire. La ville déploie alors son charme de décor de théâtre.

À chaque coin de rue on pourrait voir surgir Polichinelle ou Arlequin. Chaque place pourrait être celle du finale des Caprices de Marianne (« Adieu Naples et ses femmes, les mascarades à la lueur des torches… »). Et au détour d’une fontaine du quartier espagnol, une plaque sur la façade d’un palazzo invoque les fantômes de la peinture française.

5- la Sanità

Autre promenade à faire, plutôt de jour celle-ci, celle du quartier de la Sanità. L’âme de Naples est là dans ce quartier populaire un peu crasseux et délabré mais aussi vibrant et lumineux. Sa beauté n’apparaît pas au premier coup d’œil, il faut la rechercher en exerçant sa curiosité: pousser la porte décrépie d’un immeuble pour y voir son cortile, débusquer les statuettes pieuses enfouies dans les trous des murs lépreux…

6- La pizza

C’est dans sa ville natale que la pizza donne le meilleur d’elle-même. Pâte moelleuse, proportions généreuses, cuisson parfaite, la pizza napolitaine est un omniprésent régal des sens mais elle s’apprécie d’autant mieux dans les établissements qui affichent le label « Pizzerie Storiche di Napoli ». Arrosée de Nastro Azzuro (la bière locale, blonde et légère), elle n’est jamais aussi savoureuse que lorsqu’elle est classique: les pizzerie authentiques ne proposent d’ailleurs qu’un choix assez restreint.

Mais en même temps…. quoi de meilleur qu’une Margherita dorée à point, chaude mais pas brûlante, exaltant la saveur de la tomate et de la fior di latte – ne jamais parler de crème.

Et pas de dessert, bien sûr. Remettons le gelato à plus tard. En attendant, prenons un minuscule caffè brûlant tapi au fond d’une tasse. Ou, si l’on se dégonfle, optons pour un macchiato: la mousse de lait adoucira l’amer breuvage.

7- le métro ligne 1

Engouffrons-nous dans la ligne 1 du métro dite « Metro dell’arte » dans laquelle chaque station est ornée d’œuvre de d’art originales qui rendent hommage au riche passé culturel de la ville. J’ai été hypnotisée par cette installation en mosaïque et lumière de synthèse, clin d’oeil moderne à l’antique bleu méditerranéen.

8- le San Carlo

La metro dell’arte vous déposera au pied du mythique Teatro di San Carlo, l’Opéra de Naples, qui se rêve en rival de la Scala. Plusieurs fois incendié, il vient d’achever sa somptueuse rénovation et affiche une programmation alléchante et éclectique: la saison dernière le footballeur Diego Maradona (le plus napolitain des Argentins) y a fait ses débuts sur le planches dans une pièce relatant les hauts et les bas d’une carrière intimement associée à la gloire FC Napoli.

Mais voir Maradona au San Carlo relève de l’exceptionnel. En général, ce sont plutôt Mozart, Donizetti ou Verdi qui tiennent le haut decl’affiche. Et si vous aimez la musique, le rêve est à votre portée pour 35€: vous pourrez vous offrir une représentation dans l’une des plus belles salles d’Europe. Certes à ce prix, vous devrez vous contorsionner un peu pour voir la scène en entier. Mais le son, lui, est encore meilleur dans les modestes « loggionni » qu’au parterre. Et si vous n’êtes pas fan d’art lyrique, il reste la possibilité d’une visite guidée d’une heure, passionnante, passionnée, en italien, en français ou en anglais.

9- le Castel Sant’Elmo

Avant de repartir, envie d’embrasser une dernière fois du regard la ville et sa baie? Une balade au château Sant’Elmo s’impose.

Ça grimpe sec pour arriver là-haut, alors le mieux est d’emprunter successivement ascenseurs et funiculaires, puis un dédale de rues pavées qui vous mettent progressivement dans l’ambiance moyenâgeuse du lieu.

Et là haut…

Que les médiévistes moins zélés se rassurent: il y a aussi moyen de boire tranquillement un Spritz au café lounge Renzo and Lucia (très recommendable) en attendant que les autres aient terminé leur visite.

10- Ischia

Quitter l’urbaine et trépidante Naples pour une île de la baie… magnifique.

A Procida la voisine, à Capri la belle, je préfère quant à moi Ischia. Fleurie, authentique, lumineuse, Ischia renferme d’innombrables curiosités qui sont autant de promenades dans l’histoire, telle le château aragonais dont la silhouette domine le petit port de l’île.

Ischia est aussi parcourue de sources thermales et des hôtels douillets qui vont avec, parfaitement abordables hors saison. Il paraît même qu’Angela Merkel, qui tient la frime en horreur, y a ses habitudes.

Je ne blâme pas l’austère Mutti. Ischia est l’un de mes lieux préférés au monde, depuis l’adolescence, et l’une des raisons pour lesquelles je reviens et je reviendrai toujours à Naples. Sans mourir, en tous cas pas tout de suite. Bien au contraire: pour y célébrer le plaisir d’être vivante.

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Trois films qui font mentir l’adage « il n’y a rien au cinéma au mois d’août »

C’est un fait mal connu : on prend des risques, quand on tient blog cinéma. Le risque de se faire engueuler par ses lecteurs, par exemple. Tenez, moi, l’autre matin, devant la machine à café, je me suis fait vertement houspiller par mes collègues. 

-« Y’a quoi, en ce moment, au cinéma? Rien, c’est ça? »railla la première 
-« En même temps, au mois d’août, enchaîna la deuxième, l’air un peu blasée en regardant ses ongles

-« Ben oui, rien, c’est sûr » renchérit une autre, persiflante.  « C’est pour ça qu’elle n’a rien écrit récemment… »

Avant même que j’aie eu le temps de réagir, une troisième se penchait vers moi, vaguement menaçante, en soufflant:

 

-« À cause de toi, à cause de tes non-conseils, je suis allée voir Valérian. Non mais tu te rends compte?!?…Valérian? »

 

Le soir même, pétrie de remords et hantée par l’image de mon innocente collègue recluse dans une salle obscure bondée et contrainte d’endurer, deux heures trente durant, la dernière folie, insipide et dispendieuse de Luc Besson, je me jetai sur mon clavier pour recommander non pas un, non pas deux, mais trois films savoureux et stimulants, visibles dans les salles en ce mois d’août :

 

1- Peggy Guggenheim, la collectionneuse de Lisa Immordino Vreeland

On connaît le nom de cette excentrique figure de la scène artistique du XXe siècle, son extraordinaire palazzo vénitien, son admirable collection  qui rassemble des œuvres aussi bien européennes qu’américaines…

 

Mais que sait-on de la femme derrière ses fastueuses apparences? Son destin hors du commun, souvent tragique (mère absente, père sombrant avec le Titanic, enfants séparés par son divorce), son appétit de vivre, sa liberté sexuelle assumée…

C’est à ce personnage hors norme, dont la trajectoire flamboyante traverse son siècle, que s’intéresse le documentaire de Lisa Immordino Vreeland. Mené tambour battant, à l’image du tempérament de son héroïne, le film surprend et fascine de bout en bout. Il émeut aussi parfois, en particulier lors des quelques  séquences dans lesquelles Robert De Niro (mon idole personnelle NDLR), l’éclat de adolescence dans le regard, évoque ses parents, artistes découverts par la grande Peggy. 

La bande annonce de Peggy Guggenheim, la collectionneuse, c’est ici

 

2 – Walk with me de Lisa Ohlin

Je sais ce que vous allez me dire: j’ai un faible pour les films danois. C’est vrai, mais je persiste et signe car décidément, ce cinéma sait mêler émotion et réalisme, éviter le pathos et jouer la carte de la sobriété et du pragmatisme tout en s’attaquant à des sujets pas faciles. Dernière illustration de ces multiples qualités: Walk with me de la Suédoise Lisa Ohlin, en salles depuis le 27 juillet. Les cinq premières minutes du film sont consacrées à l’exposition brutale du sujet: Thomas, jeune soldat parti combattre en Afghanistan, saute sur une mine et se réveille à l’hôpital à Copenhague, amputé de ses deux jambes. 

Outre la collusion improbable et réussie entre deux univers (la guerre et l’art), le film s’inspire d’un projet social lancé au Danemark en 2009: des danseurs du Royal Danish Theater, sollicités par l’armée, apportent bénévolement leur aide et leur connaissance intime du corps à des soldats au cours de leur rééducation psychologique et physique. Avec deux protagonistes formidables, Mikkel Boe Følsgaard (inoubliable époux royal trompé de Royal Affair et irresponsable gamin de la série Les Héritiers) et Cecilie Lassen, ancienne danseuse classique reconvertie avec brio dans l’art dramatique, le film est aussi un formidable hymne à la résilience, à la tolérance et à la confiance en soi. 

La bande annonce de Walk with Me c’est par ici

 

3 – Les filles d’Avril de Michel Franco

Jusqu’où l’égoïsme peut-il aller dans son combat avec l’amour maternel? C’est la question que pose avec finesse, témérité et non sans un humour un brin désespéré le  réalisateur franco-mexicain Michel Franco avec Les filles d’Avril, en salles le 2 août. 

 

Le jeune cinéaste a imaginé une famille comme toutes les autres, c’est-à-dire profondément dysfonctionnelle…. mais il a monté les feux puissance dix: enceinte jusqu’aux yeux, la jeune Valeria, 19 ans, vit dans une station balnéaire avec sa sœur aînée. À la naissance du bambin, la mère de Valeria rapplique, et vampirise sa fille, jusqu’au point de non-retour. Tout le monde va y laisser des plumes…

Porté par l’interprétation somptueuse d’Emma Suarez, almodovaresque et exotique Espagnole égarée dans un décor idyllique qui devient, au fil de l’intrigue, de plus en plus inquiétant, le film révèle des acteurs d’une spontanéité étonnante -tout le monde a vécu ensemble, dans une grande maison, avant le tournage, pour bien se connaître et pour créer un passif émotionnel entre les personnages. 

Mais c’est aussi la critique radicale de la famille qui vous cueillera en tant que spectateurs. Enfermés dans leurs névroses, ses personnages subissent leurs sentiments autant qu’ils les instrumentalisent. Trop paumés pour vivre seuls, trop obnubilés d’eux-mêmes pour s’assumer, ils nous évoquent des caricatures de nous mêmes. Et c’est glaçant. Mais c’est aussi beaucoup, mais alors beaucoup mieux, que Valérian. 

Un petit avant-goût des Filles d’Avril avec la bande annonce

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Le tour du monde en quatre films (déjà en salles)

L’approche des vacances vous donne envie de voyager? Vous rongez votre frein en attendant de faire vos valises? Pas de panique: les salles obscures ont ce qu’il faut pour vous faire patienter avec panache Dépaysement garanti avec des films venus des quatre coins de la Terre…
1- Memories of murder de Boon Jong-ho


Avec son deuxième film, le cinéaste coréen nous propose d’abord un voyage dans le temps. Réalisé en 2004 et inspiré d’un fait divers, son action se situe en 1986. Bien avant les téléphones portables et les bases de données, deux flics mal assortis vont tenter de résoudre l’énigme macabre que leur pose un tueur en série – le premier au pays du matin calme. 

Drôle, enlevé, mené à fond de train, ce polar éclectique renoue aussi avec le génie du genre: il révèle les les vraies couleurs d’une société épuisée par ses progrès économiques trop rapides, une guerre trop proche et une dictature en train de se déliter. Il faut plonger dans les entrailles des protagonistes de ce polar sombre, ambitieux et digne, qui ouvre la voie à un cinéma coréen moderne, de plus en plus audacieux et singulier. 

2- Le Caire Confidentiel de Tarik Saleh
Pour rester dans le polar mais en changeant de latitude, voici Le Caire Confidentiel. Le cinéaste suédois Tarik Saleh, d’origine égyptienne choisit donc le retour aux sources après s’être essayé au documentaire et au film

d’animation. 

Son nouveau film se situe juste avant la chute du régime de Moubarak et relate le meurtre d’une jeune chanteuse tunisienne dans un hôtel de luxe du Caire. Problème: la victime se révèle vite liée d’un peu trop près avec la famille des dirigeants du pays. Avec l’aide du seul témoin, une jeune femme de chambre soudanaise , Noureddine un inspecteur de police à la dérive va mettre à jour malgré lui les paradoxes et les tabous d’une société corrompue et désespérée. Et du même coup, relever la tête. 

Porté par l’interprétation intense de la formidable Mari Malek (dans le civil DJ et mannequin Sud-soudanaise) et de Fares Fares (valeur montante du cinéma scandinave vu dans Easy Money et les enquêtes du département V) ce polar sombre envoûte et captive sans oublier d’éclairer l’esprit. Une vraie réussite. 

3- Retour à Montauk de Volker Schlöndorff


Changement de continent avec le dernier opus du patriarche Volker Schlöndorff, le plus français des cinéastes allemands. Présenté à la Berlinale en février et sur les écrans depuis le 14 juin, son « Retour à Montauk » se déroule, comme son nom l’indique, dans les Hamptons, sur la côte Est des Etats-Unis. Pourtant c’est bien d’Europe et de la nostalgie du vieux monde qu’il s’agit dans ce film plutôt destiné aux seniors: un écrivain allemand, vieillissant, vient à New-York pour promouvoir son dernier roman, récit de sa liaison intense mais ratée avec une jeune compatriote dans cette ville, des années plus tôt. Son ex-maîtresse, devenue une avocate à succès, vivant toujours dans la grosse pomme, les deux anciens amants décident de passer ensemble un week-end au bord de la mer, comme un hommage à leur passion passée. 

Le film vaut surtout par les subtils jeux de miroirs (entre la réalité et la fiction, le vrai et le faux, le souvenir de l’amour et sa réalité) ainsi que par l’interprétation magistrale de Stellan Skarsgård et surtout de l’immense Nina Hoss, dont la beauté, l’humilité et la subtilité d’interprétation semblent tout simplement défier le temps. 

4- Une femme fantastique de Sebastián Lelio


Lui aussi en compétition à la Berlinale 2017 et en salles depuis le 12 juillet, voici LE film que je vais vous demander d’aller voir en priorité. D’abord pour compléter notre tour du monde: on est maintenant au Chili, pays d’Amérique du Sud passé de la dictature à l’ultra libéralisme avec comme fil rouge une loyauté sans faille au conservatisme catholique. 

Dans ce contexte, Marina, une jeune serveuse passionnée d’art lyrique et Orlando, un entrepreneur de 20 ans son aîné, s’aiment et vivent ensemble. Orlando a une ex-femme et des enfants adultes. Tout ce petit monde se respecte et tout irait pour le mieux si Orlando ne décédait pas brutalement et si Marina n’était pas transsexuelle. 

La vie déraille et tout se dérègle alors. Au fur et à mesure les préjugés et les émotions s’affrontent en un combat dont personne ne sortira indemne. 

Puissant et subtil, plein d’empathie et porté par Daniela Vega, une magnifique comédienne elle-même transgenre, initialement embauchée comme consultante sur le film, une femme fantastique est un hymne formidable à la tolérance, à l’empathie et à l’amour. Exactement les qualités qu’il faut pour profiter pleinement d’un voyage autour du monde. 

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Ne pas oublier Tallinn

Avant de quitter Tallinn, difficile pour moi de ne pas faire un détour par la prison de Patarei, au bord de la Baltique. 

Recouverte de graffitis, massive, la bâtisse est laissée à l’abandon depuis quelques mois. Les herbes folles commencent à ronger ses murs. À l’heure de l’euro et des accords de Schengen, les artistes fauchés d’Europe du Nord s’en donnent à cœur joie et transforment peu à peu ce lieu un centre d’art alternatif. Les Estoniens prennent ainsi leur revanche : le sinistre bâtiment est resté dans les mémoires comme un témoignage de l’oppression soviétique qui n’a pris fin qu’au début des années 1990. 

J’imagine que peu d’entre eux savent que juste avant cette sombre période, en mai 1944, quelques centaines de Français avaient échoué ici, déportés en train, par le convoi 73. Ils étaient presque 900 en quittant Drancy. 600 débarquèrent en Lithuanie, au fort IX de Kaunas. Les autres finirent ici. Mais ici ou là-bas, ils allaient presque tous mourrir, assassinés d’une balle dans la tête dans la forêt, étouffés dans une chambre surpeuplée ou tout simplement épuisés par les privations. 

Personne ne sait exactement pourquoi, parti de la gare de Bobigny, ce convoi a pris la direction des pays Baltes ni pourquoi, à son bord, ne se trouvaient que des hommes jeunes et capables de travailler. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’ils étaient tous Juifs et que c’est pour cela qu’ils ont été tués. 

Ce que je sais aussi c’est que mon grand-oncle, Jean Boas, le frère de mon grand-père, était parmi eux. Sur l’unique photo qui reste de lui, il a un sourire très doux et un beau chapeau. Il vivait à Saint-Cloud. En 1942, il aurait pu émigrer avec le reste de la famille aux États-Unis, mais il n’a pas voulu quitter sa mère, mon arrière-grand-mère Esther, lorsqu’il a fallu quitter Paris pour la zone libre. Alors il a disparu, quelque part sur les rives de la Baltique, en mai 1944. Il avait 41 ans. N’oublions jamais. 

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